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Livre d’Inamia. Extrait #66 - Loup-Veteau

___ “ Un loup c’est un animal féroce, une bête sauvage qui ressemble à un chien errant qu’on voit jamais sauf sur internet ou à la télé. C’est majestueux et flippant à la fois. Propre et sale, comme un chien de luxe avec une laisse à pas cher. Le loup en impose mais au fond il est timide, il te fout la frousse en te montrant les crocs puis c’est le plus tendre quand le soir venu il se blottit contre toi, au moment de dormir. Il est là, dans tes bras au creux de ta poitrine, il fait pas un bruit et il rêve. Tu vois ses moustache qui frétillent et son poil qui se hérisse devant des émotions qu’tu connaîtra jamais. De temps à autre, il bouge une patte ou une oreille, il couine quand la lumière du soleil tape sur ses petits yeux fermés mais se recroqueville toujours mieux dans son pelage quand un louveteau a plus froid ou plus peur que lui. Le loup est solitaire et même si le louveteau à la queue entre les pattes et lui fait les yeux doux, il marchera seul et ne lui filera que les restes de son repas. Le loup s’en fou, ouai il s’en bat les couilles des autres loups même si au fond c’est qu’une petite louve sans sa meute. Louveteau a peur et suit le loup. Il le matte, s’agace et il a pas sa place toujours dans les pattes d’un plus grand qui lui foutrait bien des claques. Loup en marre, sûrement, mais loup est grand et peut l’ouvrir quand il est pas content. À côté d’ça louveteau a peur, y s’sent pataud, s’fait des frayeurs à gémir quand il faut pas. Dans la cour Loup est avec les grand. Louveteau l’sait mais il en rêve pourtant; du jour où il sera lui aussi un grand, où Loup le mattera peut-être en retour et lui dira “Toi et moi on est du même clan, viens on est de la même bande.”. Loup a la classe et Louveteau paye pas de mine à côté, y s’sent tout p’tit, y fait pitié. Mais quand alors Loup tremble et que le p’tit est dans les parages, que ses potes se foutent de sa gueule et qu’il a personne pour pleurer, Louveteau rapplique et ouvre ses p’tits bras en douceur. Loup sait pas quoi faire, eux deux c’est pas la même galère. Puis il s’laisse tomber, profite et kiffe “Putain j’prends l’air.’
Alors le loup s’allume une clope que louveteau savoure au second degré. Il réfléchis, tire une ou deux taffe en disant “Meuf”. Loup réplique et lui dit “Tu comptes”.
Le loup c’est toi. Louveteau c’est moi.

Livre d’Inamia. Extrait #65

___  Je me plaît à sentir mon corps s’échapper de son enveloppe propre, quand alors il s’enfui entre les cuisses d’un inconnu, au bout de ses doigts, de ses yeux ou de sa bouche. Quand au travers de quelques notes de musique il flotte au dessus de moi, au dessus de lui, je l’observe et le trouve grossier ou gracieux.
Si encore une fois j’éprouvais la peau de ces hommes que la mienne convoite, en quoi cet épisode serait-il différent des autres?
Corps et esprit sont deux entités qui se rallient au plaisir pour en invoquer une tierce qu’est l’abandon de soi. Ma peau sentira le froid ou le chaud, mes oreilles entendront la voix, la musique ou le bruit, mon esprit imaginera, pensera, ressentira l’atmosphère. Pour qui, pour quoi? Pour moi, ou pour eux? 

Instant Ressenti.

Dans le train, un très bel homme est assis à côté de moi. Il porte un costard en tweed gris, des mocassins vernis noir, un cartable de cuir marron et tien sur son bras gauche une veste noire. Souriant à travers la fenêtre à une personne que je ne vois pas depuis mon siège, je le trouve très élégant.
Le train démarre doucement, il fait un signe de la main, j’aperçois un vieillard heureux, mais triste de le voir partir. Dans la grisaille maussade qui envahit les wagons, sont sourire charmeur, dirigé vers l’extérieur, illumine l’air ambiant. Il appui son dos sur son fauteuil, s’installe confortablement, tourne très brièvement le visage vers moi, puis vers les autres passagers. Ballotée sur mon siège par les légères secousses du train, j’apprécie un instant la pénombre d’un tunnel. J’écoute une musique incroyablement triste qui rend le moment unique.
Dehors, dedans, tout semble serein, calme et détendu. L’atmosphère est lourde, comme si arrivait la déferlante.
Au moment où je finis d’écrire cette ligne, l’homme se lève pour descendre à la gare suivante.
Il a le même parfum que cet autre homme dont je me souviens avoir senti l’odeur à même le cou.
Je pleure en souriant. Je me sens bien. 

Hors contexte.

Bientôt 5 ans que je ne quitte plus mes pellicules. Toute cette démarche de recherche aura été longue, lourde et désagréable. Mais enfin, ce que je suis, ce que je ressens en travaillant et ce que je fais me plaisent.
Pour une des premières fois de ma vie, je me suis trouvée.

Livre d’Inamia. Extrait #64

___ De ma personne, je ne perçois dans l’obscurité que le reflet du foyer de ma cigarette dans le double vitrage. L’air est frais, il fait chaud dans mon appartement. Assise au bord de la fenêtre, j’aime le choc qui s’établit entre les deux.
M’adressant ouvertement à toi sans que tu le saches, je prose dans ma tête comme si tu pouvais m’entendre.
J’aimerais désespérément que tu sois présent. Je me retrouve en toi en toute distance. Dans mon lit, dans mes bras, ou dans la même pièce. Je survole sans autorisation quelques pensées qui ne te plairaient pas, et je m’évade dans le ciel noir que je contemple à tâtons. Aucune étoile, je fixe un vide noir qui n’a pas de limite.
Je m’invente un bien-être qui n’a pas lieu d’être, et j’imagine en secret que quelqu’un pourrait venir avec moi agrandir ma cabane.
Un vide énorme, puissant s’empare de mes entrailles et je ressens tout au fond de moi à quel point j’ai pu être complète.

Dans les sillons de mon corps, du bout de mes yeux aux creux de mes mains, je sens qu’il a envie de te revoir.

Livre d’Inamia. Extrait #63


Je suis un peu ivre, et tu l’es plus que moi.
Nous somme environ douze dans l’appartement. La soirée a battu son plein il y a quelques minutes, l’excitation redescend. Tu es allongé sur un canapé, élégant bien que saoul. Assurément grâce à l’alcool, je m’affale sur tes jambes et celles des deux mecs à côté de toi. Je ris, je suis bien. L’un s’en va, c’est vrai qu’il se fait tard. L’autre, en me souriant, s’enlève et m’allonge à sa place, contre ton épaule gauche. Dans le sourire qu’il me lance je vois bien qu’il sait déjà tout.
Tu dors à moitié, je ne sais pas bien si tu es là ou non. Ton corps est calme, mais ton coeur bat vite. C’est la guerre dans mes cellules.
Dans le brouillard des cigarettes, dans le chaud du corps des autres qui dansent, au travers de mes mains qui refoulent le vin rouge, tu sens terriblement bon. Ta peau est brûlante et dans une sorte d’excitation silencieuse j’ose aventurer le bout de mes doigts le long de ta joue. Merde, c’est chouette.
Alors que je me perd lentement dans un sommeil non-désiré qui gagne du terrain, je sens la paume de ta main dans mon dos, tes lèvres sur mon front et tes doigts qui s’emmêlent dans les miens. Je souris. Je ne sais pas si je l’ai fait exprès. On m’a vue, je crois.
Il aurait été cru de te crier ma joie. Tu es mon ami, que j’aime un peu.

Hors contexte #Body feeling.

Vos yeux posés sur mon dos, mon ventre, mes fesses, mes seins. Il faisait presque noir, mais pas assez pour ne pas se voir. Je me suis sentie belle, je me suis sentie normale, je me suis sentie bien.

Livre d’Inamia. Extrait #62

___ “Pourtant non-omnisciente, je sens souvent ta chaleur dans mon dos, comme si tu te penchais sur moi pour me murmurer à l’oreille. J’entends parfois ta voix qui dit mon prénom, ou qui s’esclaffe au loin. 
Assise à la table d’un restaurant, à l’étage et dans la lumière rouge prêt du billard, j’ai l’impression que tu es dans la rue qui se trouve juste en dessous de la fenêtre. Le jazz qui passe à la radio accompagne ta démarche joyeuse et rythmée, ton sourire grand ouvert et tes yeux qui pétillent.
Paul me parle, il me dit que ça ira.
Ça ira?”

Livre d’Inamia. Extrait #61

" - Il fait pas mal noir dans cette pièce, non? J’me sens toute petite. Tu sais t’as beau être là, allongé juste à côté de moi, je ne sais toujours pas quoi faire. À vrai dire, y’a tant de choses que je voudrais te montrer, te dire aussi. J’ai perdu mon temps à m’attarder sur des choses qui ne m’étaient pas essentielles. J’ai perdu mon temps à ralentir la course, à ne plus courir derrière toi quand tu marchais un peu trop vite. En un temps qui s’est allongé, je t’ai laissé prendre tes distances. 
J’entame une immense enjambée, j’essaie de te rattraper, tu sais?”

Livre d’Inamia. Extrait #60

___La pâleur de l’hivers se pose enfin, et je pose mes valises avec elle. Sous mon grand manteau, le long de mon dos, je sens les sanglots de cet être aimé sur lequel j’ai tiré. Abasourdi, tremblant, je le vois grelotter et ne sais que faire sans lui faire peur. Sous la violence d’un acte non mesuré, je m’incline, courbe l’échine. Ma petitesse est telle, sa grandeur m’éclabousse de toutes ses couleurs. Il me fascine, j’observe son regard. Sa pupille ronde, profonde, je plonge dans son oeil apeuré pour y découvrir les hautes mers, les dunes et les montagnes. Je coure sur un sol que je n’ai jamais foulé, mais me sens si bien, tellement mieux que je ne l’ai été chez moi. Les odeurs fusent, les fleurs grandissent et les oiseaux crépitent d’étincelles fantastiques. Fantasmes, faons fantasques, je me souviens avoir rêvé que ce monde soit mien.
Douleur de l’horreur, je me réveille en sursaut. Je suis comme l’insecte nu sur le marbre gelé. Comme la cheminée froide, la maison inhabitée.