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Livre d’Inamia. Extrait #65

___  Je me plaît à sentir mon corps s’échapper de son enveloppe propre, quand alors il s’enfui entre les cuisses d’un inconnu, au bout de ses doigts, de ses yeux ou de sa bouche. Quand au travers de quelques notes de musique il flotte au dessus de moi, au dessus de lui, je l’observe et le trouve grossier ou gracieux.
Si encore une fois j’éprouvais la peau de ces hommes que la mienne convoite, en quoi cet épisode serait-il différent des autres?
Corps et esprit sont deux entités qui se rallient au plaisir pour en invoquer une tierce qu’est l’abandon de soi. Ma peau sentira le froid ou le chaud, mes oreilles entendront la voix, la musique ou le bruit, mon esprit imaginera, pensera, ressentira l’atmosphère. Pour qui, pour quoi? Pour moi, ou pour eux? 

Instant Ressenti.

Dans le train, un très bel homme est assis à côté de moi. Il porte un costard en tweed gris, des mocassins vernis noir, un cartable de cuir marron et tien sur son bras gauche une veste noire. Souriant à travers la fenêtre à une personne que je ne vois pas depuis mon siège, je le trouve très élégant.
Le train démarre doucement, il fait un signe de la main, j’aperçois un vieillard heureux, mais triste de le voir partir. Dans la grisaille maussade qui envahit les wagons, sont sourire charmeur, dirigé vers l’extérieur, illumine l’air ambiant. Il appui son dos sur son fauteuil, s’installe confortablement, tourne très brièvement le visage vers moi, puis vers les autres passagers. Ballotée sur mon siège par les légères secousses du train, j’apprécie un instant la pénombre d’un tunnel. J’écoute une musique incroyablement triste qui rend le moment unique.
Dehors, dedans, tout semble serein, calme et détendu. L’atmosphère est lourde, comme si arrivait la déferlante.
Au moment où je finis d’écrire cette ligne, l’homme se lève pour descendre à la gare suivante.
Il a le même parfum que cet autre homme dont je me souviens avoir senti l’odeur à même le cou.
Je pleure en souriant. Je me sens bien. 

Hors contexte.

Bientôt 5 ans que je ne quitte plus mes pellicules. Toute cette démarche de recherche aura été longue, lourde et désagréable. Mais enfin, ce que je suis, ce que je ressens en travaillant et ce que je fais me plaisent.
Pour une des premières fois de ma vie, je me suis trouvée.

Livre d’Inamia. Extrait #64

___ De ma personne, je ne perçois dans l’obscurité que le reflet du foyer de ma cigarette dans le double vitrage. L’air est frais, il fait chaud dans mon appartement. Assise au bord de la fenêtre, j’aime le choc qui s’établit entre les deux.
M’adressant ouvertement à toi sans que tu le saches, je prose dans ma tête comme si tu pouvais m’entendre.
J’aimerais désespérément que tu sois présent. Je me retrouve en toi en toute distance. Dans mon lit, dans mes bras, ou dans la même pièce. Je survole sans autorisation quelques pensées qui ne te plairaient pas, et je m’évade dans le ciel noir que je contemple à tâtons. Aucune étoile, je fixe un vide noir qui n’a pas de limite.
Je m’invente un bien-être qui n’a pas lieu d’être, et j’imagine en secret que quelqu’un pourrait venir avec moi agrandir ma cabane.
Un vide énorme, puissant s’empare de mes entrailles et je ressens tout au fond de moi à quel point j’ai pu être complète.

Dans les sillons de mon corps, du bout de mes yeux aux creux de mes mains, je sens qu’il a envie de te revoir.

Livre d’Inamia. Extrait #63


Je suis un peu ivre, et tu l’es plus que moi.
Nous somme environ douze dans l’appartement. La soirée a battu son plein il y a quelques minutes, l’excitation redescend. Tu es allongé sur un canapé, élégant bien que saoul. Assurément grâce à l’alcool, je m’affale sur tes jambes et celles des deux mecs à côté de toi. Je ris, je suis bien. L’un s’en va, c’est vrai qu’il se fait tard. L’autre, en me souriant, s’enlève et m’allonge à sa place, contre ton épaule gauche. Dans le sourire qu’il me lance je vois bien qu’il sait déjà tout.
Tu dors à moitié, je ne sais pas bien si tu es là ou non. Ton corps est calme, mais ton coeur bat vite. C’est la guerre dans mes cellules.
Dans le brouillard des cigarettes, dans le chaud du corps des autres qui dansent, au travers de mes mains qui refoulent le vin rouge, tu sens terriblement bon. Ta peau est brûlante et dans une sorte d’excitation silencieuse j’ose aventurer le bout de mes doigts le long de ta joue. Merde, c’est chouette.
Alors que je me perd lentement dans un sommeil non-désiré qui gagne du terrain, je sens la paume de ta main dans mon dos, tes lèvres sur mon front et tes doigts qui s’emmêlent dans les miens. Je souris. Je ne sais pas si je l’ai fait exprès. On m’a vue, je crois.
Il aurait été cru de te crier ma joie. Tu es mon ami, que j’aime un peu.

Hors contexte #Body feeling.

Vos yeux posés sur mon dos, mon ventre, mes fesses, mes seins. Il faisait presque noir, mais pas assez pour ne pas se voir. Je me suis sentie belle, je me suis sentie normale, je me suis sentie bien.

Livre d’Inamia. Extrait #62

___ “Pourtant non-omnisciente, je sens souvent ta chaleur dans mon dos, comme si tu te penchais sur moi pour me murmurer à l’oreille. J’entends parfois ta voix qui dit mon prénom, ou qui s’esclaffe au loin. 
Assise à la table d’un restaurant, à l’étage et dans la lumière rouge prêt du billard, j’ai l’impression que tu es dans la rue qui se trouve juste en dessous de la fenêtre. Le jazz qui passe à la radio accompagne ta démarche joyeuse et rythmée, ton sourire grand ouvert et tes yeux qui pétillent.
Paul me parle, il me dit que ça ira.
Ça ira?”

Livre d’Inamia. Extrait #61

" - Il fait pas mal noir dans cette pièce, non? J’me sens toute petite. Tu sais t’as beau être là, allongé juste à côté de moi, je ne sais toujours pas quoi faire. À vrai dire, y’a tant de choses que je voudrais te montrer, te dire aussi. J’ai perdu mon temps à m’attarder sur des choses qui ne m’étaient pas essentielles. J’ai perdu mon temps à ralentir la course, à ne plus courir derrière toi quand tu marchais un peu trop vite. En un temps qui s’est allongé, je t’ai laissé prendre tes distances. 
J’entame une immense enjambée, j’essaie de te rattraper, tu sais?”

Livre d’Inamia. Extrait #60

___La pâleur de l’hivers se pose enfin, et je pose mes valises avec elle. Sous mon grand manteau, le long de mon dos, je sens les sanglots de cet être aimé sur lequel j’ai tiré. Abasourdi, tremblant, je le vois grelotter et ne sais que faire sans lui faire peur. Sous la violence d’un acte non mesuré, je m’incline, courbe l’échine. Ma petitesse est telle, sa grandeur m’éclabousse de toutes ses couleurs. Il me fascine, j’observe son regard. Sa pupille ronde, profonde, je plonge dans son oeil apeuré pour y découvrir les hautes mers, les dunes et les montagnes. Je coure sur un sol que je n’ai jamais foulé, mais me sens si bien, tellement mieux que je ne l’ai été chez moi. Les odeurs fusent, les fleurs grandissent et les oiseaux crépitent d’étincelles fantastiques. Fantasmes, faons fantasques, je me souviens avoir rêvé que ce monde soit mien.
Douleur de l’horreur, je me réveille en sursaut. Je suis comme l’insecte nu sur le marbre gelé. Comme la cheminée froide, la maison inhabitée.

Livre d’Inamia. Extrait #59

___ Agissant en fantôme, je flotte au dessus de mon propre corps, et je m’observe.

Je ris de moi comme le ferait un mauvais ami, un bon ennemi, ou un inconnu moqueur. La modernité m’effraie. Si l’on revenait un instant au temps des écrits, mes lettres sembleraient moins effrayantes. Instantanées, directes et sans détour, les vibrations de mon téléphone cellulaire me glacent.

J’ai le cœur en miettes, qui jamais ne sera réparé.”

Je me souviens du ciel, du rire des épis qui se chatouillaient, du vieux monsieur et de la brise. Je sens au fond de moi à quel point j’ai aimé ce moment, à quel point j’aurais voulu qu’il s’éternise. Je sens au fond de moi tout ce qui s’est passé, du début à la fin, et je sais que je n’omet aucun détail. Je sais, sens, touche, goûte, entends et vois tout. Je n’oublie rien. Je suis entière et tu es entier avec moi. Si je ferme les yeux, les nuages bougent encore, j’ai 16 ans, et mes cheveux, roux, s’agitent au rythme de notre course. Ton jean me tombe sur les cuisses car je n’ai pas de ceinture, ton tee-shirt aux allures de clochard me tient chaud autant que compagnie. Je me souviens avoir marché longtemps, sans avoir râlé une seconde. J’étais calme, et tu étais calme aussi. Nous étions un, et jamais deux.

Je me souviens du ciel, du rire des épis qui se chatouillaient, du vieux monsieur et de la brise. Je sens au fond de moi à quel point j’ai aimé ce moment, à quel point j’aurais voulu qu’il s’éternise. Je sens au fond de moi tout ce qui s’est passé, du début à la fin, et je sais que je n’omet aucun détail. Je sais, sens, touche, goûte, entends et vois tout. Je n’oublie rien. Je suis entière et tu es entier avec moi. Si je ferme les yeux, les nuages bougent encore, j’ai 16 ans, et mes cheveux, roux, s’agitent au rythme de notre course. Ton jean me tombe sur les cuisses car je n’ai pas de ceinture, ton tee-shirt aux allures de clochard me tient chaud autant que compagnie. Je me souviens avoir marché longtemps, sans avoir râlé une seconde. J’étais calme, et tu étais calme aussi. Nous étions un, et jamais deux.