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Livre d’Inamia. Extrait #62

___ “Pourtant non-omnisciente, je sens souvent ta chaleur dans mon dos, comme si tu te penchais sur moi pour me murmurer à l’oreille. J’entends parfois ta voix qui dit mon prénom, ou qui s’esclaffe au loin. 
Assise à la table d’un restaurant, à l’étage et dans la lumière rouge prêt du billard, j’ai l’impression que tu es dans la rue qui se trouve juste en dessous de la fenêtre. Le jazz qui passe à la radio accompagne ta démarche joyeuse et rythmée, ton sourire grand ouvert et tes yeux qui pétillent.
Paul me parle, il me dit que ça ira.
Ça ira?”

Livre d’Inamia. Extrait #61

" - Il fait pas mal noir dans cette pièce, non? J’me sens toute petite. Tu sais t’as beau être là, allongé juste à côté de moi, je ne sais toujours pas quoi faire. À vrai dire, y’a tant de choses que je voudrais te montrer, te dire aussi. J’ai perdu mon temps à m’attarder sur des choses qui ne m’étaient pas essentielles. J’ai perdu mon temps à ralentir la course, à ne plus courir derrière toi quand tu marchais un peu trop vite. En un temps qui s’est allongé, je t’ai laissé prendre tes distances. 
J’entame une immense enjambée, j’essaie de te rattraper, tu sais?”

Livre d’Inamia. Extrait #60

___La pâleur de l’hivers se pose enfin, et je pose mes valises avec elle. Sous mon grand manteau, le long de mon dos, je sens les sanglots de cet être aimé sur lequel j’ai tiré. Abasourdi, tremblant, je le vois grelotter et ne sais que faire sans lui faire peur. Sous la violence d’un acte non mesuré, je m’incline, courbe l’échine. Ma petitesse est telle, sa grandeur m’éclabousse de toutes ses couleurs. Il me fascine, j’observe son regard. Sa pupille ronde, profonde, je plonge dans son oeil apeuré pour y découvrir les hautes mers, les dunes et les montagnes. Je coure sur un sol que je n’ai jamais foulé, mais me sens si bien, tellement mieux que je ne l’ai été chez moi. Les odeurs fusent, les fleurs grandissent et les oiseaux crépitent d’étincelles fantastiques. Fantasmes, faons fantasques, je me souviens avoir rêvé que ce monde soit mien.
Douleur de l’horreur, je me réveille en sursaut. Je suis comme l’insecte nu sur le marbre gelé. Comme la cheminée froide, la maison inhabitée.

Livre d’Inamia. Extrait #59

___ Agissant en fantôme, je flotte au dessus de mon propre corps, et je m’observe.

Je ris de moi comme le ferait un mauvais ami, un bon ennemi, ou un inconnu moqueur. La modernité m’effraie. Si l’on revenait un instant au temps des écrits, mes lettres sembleraient moins effrayantes. Instantanées, directes et sans détour, les vibrations de mon téléphone cellulaire me glacent.

J’ai le cœur en miettes, qui jamais ne sera réparé.”

Je me souviens du ciel, du rire des épis qui se chatouillaient, du vieux monsieur et de la brise. Je sens au fond de moi à quel point j’ai aimé ce moment, à quel point j’aurais voulu qu’il s’éternise. Je sens au fond de moi tout ce qui s’est passé, du début à la fin, et je sais que je n’omet aucun détail. Je sais, sens, touche, goûte, entends et vois tout. Je n’oublie rien. Je suis entière et tu es entier avec moi. Si je ferme les yeux, les nuages bougent encore, j’ai 16 ans, et mes cheveux, roux, s’agitent au rythme de notre course. Ton jean me tombe sur les cuisses car je n’ai pas de ceinture, ton tee-shirt aux allures de clochard me tient chaud autant que compagnie. Je me souviens avoir marché longtemps, sans avoir râlé une seconde. J’étais calme, et tu étais calme aussi. Nous étions un, et jamais deux.

Je me souviens du ciel, du rire des épis qui se chatouillaient, du vieux monsieur et de la brise. Je sens au fond de moi à quel point j’ai aimé ce moment, à quel point j’aurais voulu qu’il s’éternise. Je sens au fond de moi tout ce qui s’est passé, du début à la fin, et je sais que je n’omet aucun détail. Je sais, sens, touche, goûte, entends et vois tout. Je n’oublie rien. Je suis entière et tu es entier avec moi. Si je ferme les yeux, les nuages bougent encore, j’ai 16 ans, et mes cheveux, roux, s’agitent au rythme de notre course. Ton jean me tombe sur les cuisses car je n’ai pas de ceinture, ton tee-shirt aux allures de clochard me tient chaud autant que compagnie. Je me souviens avoir marché longtemps, sans avoir râlé une seconde. J’étais calme, et tu étais calme aussi. Nous étions un, et jamais deux.

Livre d’Inamia. Extrait #58

___ ” Shake it off.

J’ai pris une aiguille que j’ai enfoncée dans chacun des interstices de ma mâchoire. Je me suis sentie mieux. Un peu plus jolie qu’avant, mais toujours pas assez.

Aux extrêmes des réactions, des sentiments et des émotions, je peine à trouver mon milieu. Quelques 750 jours en arrière me poussent à m’en rendre compte.

En refusant la simplicité, en refusant l’aide, en tournant en rond, en crachant sur ceux que j’aime sans en avoir envie. Je me dévaste.

It doesn’t help you read them over and over again.”

Dans la fureur du vent de nuit, rien n’arrête le train qui roule et roule encore. Au sol, comme au champ de bataille, dorment des cadavres, sales.

Dans la fureur du vent de nuit, rien n’arrête le train qui roule et roule encore. Au sol, comme au champ de bataille, dorment des cadavres, sales.

Livre d’Inamia. Extrait #57

___”Le couple avance, aucun ne met sa main dans celle de l’autre. Il fait nuit, il est très tôt, et il à plu. Ils se faufilent entre les bâtiments, les voitures mouillées et les caprices du brouillard, marchent au meme niveau, mais ne se parlent pas. Elle attend, lui aussi. Leurs vêtements classes, sombres et hautains leur collent à la peau. Quelques gouttes d’eau tombent encore sur les épaules en cuir d’un perfecto féminin noir. La lumière d’un lampadaire se confond avec la brume, chaque expiration donne naissance à un nuage de plus. Il n’y à aucun bruit. Les claquements de leurs semelles et talons sur le goudron se perdent dans le silence qui précède l’aube.
Il s’arrête, elle aussi. Dans un geste lent et puissant, devant les yeux écarquillés d’un chat de goutière, il pose sa bouche sur la sienne en inspirant profondément, pendant que les doigts de celle qui l’accompagne viennent se crisper dans sa nuque. L’envie.
Il dresse alors son index sur ces lèvres qui ne sont pas les siennes, silence. Ils franchissent une lourde porte débouchant sur un hall immense et froid. Vide. Des boucles de bottes raisonnent au rythme de pas qui se font plus pressés. Porte. Couloir. Porte. Escalier. Autre porte. Autre couloir. Silence.
Doucement, la clé pénètre la serrure, tourne une fois, puis deux, et fait gémir les gonds d’une entrée de chambre étudiante.
Dans un brouhaha sourd, cuir, sacs et chaussures tombent. Les volets ne sont pas complètement fermés, le matin tend des fils de lumière à travers la pièce. Au gré des volutes d’une poussière de week-end, soulevée par un couple qui se meurt de se toucher, le premier rayon jaunâtre du soleil se pose sur un dos, une chemise chutant au sol, un sein nu, un entremêlement de lèvres.”

Livre d’Inamia. Extrait #56

___ Quand je dors et que je rêve de ce dont j’ai peur, je me vois sur une route trempée au milieu de nulle part. Il y a des fossés de chaque côté, il fait nuit, et l’air est lourd. Je perçois quelques lumière au loin, me rappelant la ville enchanteresse que je n’atteins pas. J’ai souvent perdu l’équilibre et ma démarche est chancelante.
Si je ne suis pas en train de courir, je marche au moins d’un pas pressé. J’ai le sang glacé, il n’y a personne, et je suis trempée.
Là est la situation: j’ai des poches énormes, pleines, qui se remplissent et se vide éternellement. Une sorte de corne d’abondance qui ne me plaît pas. Une malédiction, plus qu’un don.

Il y a des problèmes qui en tombent, s’explosent contre l’asphalte et ne sèchent jamais. Je progresse en réalité dans un tas de débris, une décharge de sentiments, de questions et de ressentis. Je piétine mon propre fonctionnement à coups de grosses bottes sales.

-Peut-être que c’est la peur légendaire de l’Autre. Celle qui prend aux tripes et qui fusille de l’intérieur. Celle qui m’tire grassement la langue en chantant “Loser, Loser!”.

Le risque, c’est moi.

Livre d’Inamia. Extrait #55

___ “Sur le quai de la gare, les pieds dans la pluie, je t’embrasse dans ton costard trop grand, dépareillé et sans cravate.

Adossé à une poubelle, tu manques cruellement de classe.

La nuit est belle, sauvage, humide et noire. La ville est vide, mais elle respire comme elle le fait rarement. Elle est profonde, sombre, vorace.
Marcheurs nocturnes, nous nous enlaçons dans la plainte d’une locomotive tirant avec mollesse sa triste marchandise.
Ce moment est de ceux que l’on ne veut oublier. De ceux que l’on vit plus que les autres, et qui nous collent au coeur plus qu’à la peau. Les yeux fermés, je vois encore les rues mouillées de Saint-Quentin, j’entends encore ce silence qui se voulait rare, le bruit de tes pieds froids lorsque tu marches dans ta chambre d’étudiant.

- Serait-ce fou de vous dire que je suis dingue, et si ce n’est dingue de vous le dire, que ce soit donc de vous?

Adossé à une poubelle, tu manques cruellement de classe.
Mais noyée dans la mélancolie que contient ton sourire, tes yeux perdus dans un vide que je voudrais remplir, je te trouve indiciblement Beau.”

Livre d’Inamia. Extrait #54

___ " Without aubidle sound.

C’est se dépêcher, aller vite. C’est se dire qu’on a pas le temps, c’est courir, détaler comme des dératés. Mordre la poussière et profiter à fond de ce qui nous glisse entre les doigts. Foncer, se grouiller. Dégueuler d’envie d’aller encore plus vite, vite et bien. Loin, putain de loin. Et haut, putain de haut.

- Regarde, merde, regarde comme ils sont grand mes bras, t’as vu ça? Viens, met-toi juste au milieu, juste dans le creux qu’ils font. Là où il fait bon. Tu sens comme c’est calme? Comme c’est agréable?
- Je crois, oui.
-Laisse-toi porter. Vole, grandi, aime, embrasse, caresse et sens la caresse et l’amour en retour.

Un doigt sur la bouche, je murmure. “Chuuut.”
J’aimerais que tu écoute la lumière, que tu vois les odeurs, et que tu sentes les bruits. C’est à l’intérieur que ça se passe. Allonge-toi deux minutes. Laisse-moi me mettre à côté de toi. J’ai le droit de t’embrasser? J’ai le droit de recommencer? Dis oui. S’il te plaît. Tout de suite et pour longtemps.
T’as vu comme je cours vite? Comme je ris au vent et comme j’ouvre grand mes yeux au ciel? Suis-moi, je veux qu’on soit tous les deux. Ici. Maintenant. Il faut “kiffer le moment”, tu vois?
Kiffer le moment, le kiffer longtemps. Et recommencer, surtout. Sans hésiter.

Comes moonlight bloom.